QUATUOR KAIJA

Quatuor à cordes

Le quatuor à cordes comme lieu de toutes les expérimentations et collaborations, aux frontières de la musique contemporaine, du jazz et de limprovisation, cest lutopie que dessinent les musiciennes et compositrices du quatuor Kaija. Un territoire sensible, mouvant et accueillant où naissent des formes nouvelles, au fil de nombreuses commandes et créations.

Formé à la fin de l’année 2023 sous l’impulsion de la violoniste Camille Garin, le quatuor Kaija répond à un faisceau d’envies qui esquissent sans doute un manque – et donc quelque chose à inventer – dans le paysage musical contemporain : un lieu que l’on pourrait façonner à sa main et à son idée, où les styles et les disciplines se parleraient, où une solide formation classique se laisserait attendrir par une approche différente des instruments et des partitions, où chaque musicienne pourrait être pleinement libre de s’inventer de nouveaux horizons, un lieu où mettre beaucoup de soi, la partie de sa personnalité qui aime s’écarter des genres et des cases – d’autant plus qu’on les aime et les explore par ailleurs.

Le quatuor doit son nom à la compositrice finlandaise Kaija Saariaho, disparue quelques mois avant sa formation. Une temporalité qui donne à ce choix la force d’un héritage assumé, tant Kaija Saariaho a incarné l’audace et la rigueur au fil d’un parcours marqué par une reconnaissance internationale hélas bien rare pour une compositrice.

Et si le quatuor à cordes n’est pas la formation la plus courante dans le champ de la musique contemporaine, que dire d’un quatuor entièrement féminin ? “Il n’était pas question que ce soit autrement, affirme Camille Garin, dautant que j’étais sûre des musiciennes – curieuses et ouvertes – avec qui je voulais travailler. Dans leurs actualités que je voyais passer, tout m’intéressait et m’inspirait”. Formée au CNSM de Paris et immergée dans la musique contemporaine, la violoniste convie l’altiste Maëlle Desbrosses et la violoncelliste Adèle Viret, qui ont en commun de composer et d’avoir pris appui sur leur formation classique en école supérieure pour aller voir ailleurs, du côté du jazz et de l’improvisation. Pour elles, le quatuor est l’opportunité de renouer avec une forme classique en y injectant leur intérêt pour la création, la recherche et l’improvisation. C’est en quelque sorte le chemin inverse que parcourt la violoniste Madeleine Athané-Best : habituée des ensembles de musique de chambre et orchestres après des études au CNSM de Paris, elle peut ici renouer avec un goût ancien pour l’improvisation et le jazz, dont sa formation l’avait tenue un peu éloignée.

Les musiciennes créent ainsi le quatuor de leurs rêves, ouvert aux influences qui les ont portées et nourries individuellement, à la fois précis et capable de groove. Kaija aime travailler le rythme et les textures, jouer sur des instruments préparés ou augmentés et s’acclimater aux sons ainsi produits, parfois loin de ce qu’on a appris et pratiqué si longtemps. Un champ de recherche comme un terrain de jeu, au sens premier du terme : un lieu où l’on s’amuse.

Et si ce goût des expériences et des musiques pas comme les autres était aussi la clé pour tenir une autre posture, plus accueillante que l’image d’Épinal souvent accolée à un ensemble de musique dite contemporaine ? En convoquant l’énergie et l’adresse au public associée d’habitude au jazz ou à la pop, le quatuor brouille aussi cette frontière-là : inviter d’autres pratiques – comme la danse – au plateau, mettre en scène un concert, déplacer son rapport aux instruments, investir de nouveaux lieux d’écoute, retrouver une capacité d’amusement, autant de pistes pour changer la façon dont on invite le public à entrer dans une œuvre.

Le choix du répertoire en est une autre et le quatuor Kaija se distingue là aussi par un équilibre entre un regard généreux sur le répertoire contemporain et une politique de commandes volontariste. Les différents programmes élaborés par les musiciennes reflètent cet engagement, de la pertinence intacte du minimalisme à la vitalité des musiques scandinaves et finlandaises (le grand écart n’est qu’apparent entre une pièce d’Arvo Pärt, des chants traditionnels danois et un morceau du groupe de métal suédois Meshuggah). Ce n’est pas la moindre des singularités du quatuor que de ménager une place à l’improvisation collective, dans les compositions signées Adèle Viret ou Maëlle Desbrosses comme dans les commandes passées aux compositeur·ices de leur temps et de leur génération. Car cet espace de liberté qu’elles ont créé pour elles est déjà investi par des artistes qui y ont très vite vu l’opportunité d’une rencontre et d’une recherche.

Le premier album du quatuor Kaija posera les fondations de cet édifice si prometteur, donnant une idée assez précise du terrain de jeu qu’il arpente déjà, entre les traitements électroniques de la compositrice Megumi Okuda, la pureté du quatuor Terra Memoria de Kaija Saariaho, l’instrumentarium extraordinaire de Théo Mérigeau et le travail d’Hugo Van Rechem sur la polyrythmie et les timbres instrumentaux – sons augmentés et instruments préparés. Tout un programme et ce n’est qu’un début.

(présentation par Vincent Théval)

 

PROGRAMMES DISPONIBLES

Autour des compositrices / DESBROSSES – SAARIAHO – VIRET – WENNÄTOSKI – DA COSTA – SHAW

Musique répétitive & Minimaliste / GLASS – DESSNER – VIBERT – PÄRT

Jazz & Musiques improvisées / DESBROSSES – VIRET – PIFARÉLY – LLUSA DAMIANO – DANISH QUARTET – DESSNER – ATTABOY

Musique d’aujourd’hui / GLASS – VIBERT – ATHANÉ – SAHW – DANISH QUARTET – DESSNER – ATTABOY


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